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Chronique de la grande rivière, semaine 6

Publié le par amap 72 la fonderie

Il y a quelques années de ça, j'étais allée en stage chez Maud et Bruno qui élevaient des vaches laitières dans l'Orne.
Entre deux palpations de pis, tandis que nous parlions de choses et d'autres, je réussis à les convaincre que les vaches c'était dépassé et bien trop contraignant, qu'avec les légumes on pouvait drôlement bien gagner sa vie rien qu'en les regardant pousser, le risque majeur du maraîcher étant d'attraper une tendinite au niveau des pouces à force de se les tourner.

Et parce qu'ils ne me connaissaient pas depuis longtemps et que j'avais dit ça d'un air ingénu, ils m'ont crue.
A peine ai-je eu le dos tourné qu'ils ont revendu la baraque, ont chargé les gamins dans le coffre, ont bien calé les chiens sur les sièges à l'arrière, et ont pris la route avec dans les yeux leur rêve de fortune, se promettant mutuellement de ne  poser pied à terre que lorsque la mer serait en vue.

Ils ne se trouvaient qu'à quelques encablures de la plage lorsque chiens et enfants se sont mis à trépigner, demandant à sortir pour se dégourdir les pattes et pour une pause bien naturelle. Et comme le terrain qui se trouvait devant eux semblait leur tendre les bras, ils ont dit "ce sera là".

Tout s'était donc déroulé comme prévu.
Sauf que quelques mois plus tard, sans bien comprendre si cela venait du terrain, des semences, de la lune ou de quelque geste qu'ils n'auraient pas fait comme il fallait, ils ont du se rendre  à l'évidence :
les légumes n'avaient pas su ni se semer, ni s'entretenir, ni se récolter tout seuls.
Ils allaient donc devoir dire adieu aux longues après midis de farniente allongés sur le sable et retrousser leurs manches s'ils voulaient que des légumes sortent de terre.

Depuis ce jour, de temps en temps, ils passent nous voir.
Pour comprendre.
Parce que je n'ai pas encore osé leur dire que je leur avait menti, j'ai peur qu'il se fâchent, et moi j'aime bien partager les rares moments où l'on se voit.
Dans ces moments là, et même s'il fait un vent à faire détirebouchonner la queue des cochons comme c'était le cas samedi (synonyme pour nous d'un temps à ne pas mettre un maraîcher dehors), ils chaussent leurs jolies bottes pour ne pas salir le terrain avec leurs chaussures de ville



Et on fait un petit tour des champs pour voir comment les légumes poussent tout seuls ici


Ils tâtent, jaugent, questionnent, nous envient sans doute un peu. On parle du printemps à venir (et qui va venir bientôt c'est sûr) et  de ce que l'on vous mettra alors dans les paniers.



On se dit que ça vous changera des pommes de terre, carottes, poireaux, choux et betteraves que vous aurez cette semaine et que vous pourrez adresser un adieu ému aux soupes d'hiver



Ce jour là, c'est sûr, des étoiles brilleront dans vos yeux et de la salive percera imperceptiblement de vos lèvres béates...

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Je m'excuse d'avoir été un peu longue mais je me devais de faire un petit clin d'œil amical et malicieux à Maud et Bruno dont je lis chaque semaine les bonheurs et les difficultés, je m'aperçois alors que nous ne sommes pas seuls à trimer comme des bêtes en maudissant le ciel de ne pas toujours aller dans not'sens et que malgré tout refleurit à chaque printemps l'espoir radieux et un peu fou d'une année abondante et pas trop difficile. (leur site :http://www.leslegumessurlaure.fr)
a demain
isabelle

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